ANASTASIA. 

Le Destin d’une Femme. Le Destin d’une époque.

Anastasia Manstein-Chirinsky, dont le destin est lié avec celui de la communauté russe exilée en Tunisie et en France, est décédée le 21 décembre, à 6 heures 11 minutes, à Bizerte, ville portuaire de la Tunisie.

Elle est née en 1912 dans le grand domaine familial de Roubeijnoé en Russie, elle y passe sa première enfance. Son père, Alexandre Manstein, était  l’officier de la Marine, le commandant du torpilleur «Jarky» qui faisait partie de l'Escadre  russe venue à Bizerte.

Anastasia Chirinsky était le témoin de l'évacuation  de la Crimée, en 1920, des Russes à bord des navires pendant la Guerre civile en Russie. 

Le 22 décembre  1920, Anastasia Chirinsky est arrivée dans le port tunisien. Elle passe ses premières années  à bord d’un torpilleur de son père puis du cuirassé  « St George » amarré dans la baie de Bizerte.

Après  avoir fait ses études, elle devient enseignante en mathématiques. Bertrand Delanoë, l'actuel maire de Paris, qui a grandi à Bizerte, compte parmi ses anciens élèves. « Babou, comme nous l’appelions tous, était un être exceptionnel, un génie de la vie. Son parcours fut un roman, celui de cette jeune immigrée russe, imprégnée d’histoire, de culture, de curiosité et de créativité, mais surtout d’amour », confie-t-il à « France24.com ».

Conservatrice bénévole de l’Eglise orthodoxe Alexandre Nevsky, de l’Eglise de la Résurrection et des tombeaux des marins russes à Bizerte, à Tunis et à Menzel Bourguiba, elle est devenue la memoire vivante des pages longtemps méconnues  de l’Histoire.

Anastasia Chirinsky écrira un livre autobiographique, en 2000, dédié à la mémoire des  Russes sur le sol tunisien: "La Dernière Escale. Le siècle d’une exilée russe à Bizerte".  Ce livre a été écrit en français et publié en Tunisie (Sud Editions, rééditions en 2004 et 2009). En russe, elle a écrit le livre de souvenirs (trois rééditions) qui a été récompensé du Prix littéraire russe Alexandre Nevsky. Ce prix lui a été remis par  Monsieur Aleksey Podtcerob, l’ambassadeur de la Russie en Tunisie.

Les dernières années elle est  devenue incontournable pour les touristes russes qui, après avoir visité Carthage antique, le Musée d’Antiquité de  Bardo et la Médina de Tunis, faisait escale chez elle. "C’était devenu un lieu de pèlerinage, - souligne le réalisateur  tunisien Mahmoud Ben Mahmoud. - Les passagers des bateaux russes qui accostaient à Bizerte allaient la voir. Elle recevait aussi du courrier de toute la diaspora russe disséminée de par le monde".

Mahmoud Ben Mahmoud, auteur du documentaire "Anastasia de Bizerte" (1996), témoigne qu’Anastasia Chirinsky portait à la fois la mémoire de la Russie impériale et l’histoire de la Tunisie sur presque tout le XXe siècle.

Anastasia Chirinsky est devenue indissociable de Bizerte. Moncef Ben Gharbia, maire de Bizerte, a confié au cinéaste russe Nikolay Sologubovskiy qui a tourné  en 2007 un nouveau film « Anastasia » : « Entre Madame Chirinsky et  Bizerte il y a un amour qui dure depuis presque un siècle ! »

Anastasia Chirinsky a été enterrée au cimetière chrétien de Bizerte, à coté du tombeau de son père.

Les condoléances

Hommage de l’AAOMIR

 

« Le Conseil d’administration de l’Association des anciens officiers de la Marine impériale russe et de leurs descendants (AAOMIR) s’incline respectueusement devant la dépouille d’Anastasia Alexandrovna Chirinsky-Manstein que le Seigneur vient de rappeler à Lui !

A ses enfants, à ses petits-enfants et à tous ses amis, l’AAOMIR présente ses sincères condoléances.

Pour nous tous qui sont attachés à la conservation des valeurs de la Marine impériale russe, pour tous ceux dont les familles ont été chassées de leur patrie russe par la révolution bolchévique, la disparition d’Anastasia Alexandrovna est un triste jour.

Nous n’entendrons plus sa voix ferme, nous ne verrons plus son regard incisif et cette silhouette que les années respectaient. Cette présence manquera à jamais.

A quelques mois près, dans moins d’un an, une nouvelle fois elle aurait pu nous raconter le départ ultime de Crimée, le passage à Constantinople et, surtout, l’arrivée à Bizerte ; Ah Bizerte, cette terre tunisienne qu’elle a tellement aimée et qui lui rendait tellement !

Oui, Anastasia Alexandrovna va nous manquer. Et pourtant nous le savons bien : le message décisif qu’elle nous laisse est celui de l’espérance plus forte que les difficultés, celui de l’intelligence au service de tous, oui c’est cela que nous devons promettre en nous inclinant aujourd’hui devant sa dépouille : ne jamais renoncer et rester fidèles à ses valeurs !

Que Dieu accorde à Anastasia Alexandrovna le repos éternel. Vetchniïa Pamiat !

Alexandre JEVAKHOFF, Président du Conseil d’administration de l’AAOMIR »

 « Notre chère Asta disparue, la dernière Russe à avoir passé  toute sa vie dans le port de Bizerte. Il convient de préciser qu'il reste encore quelques autres témoins de cette épopée comme Alexandre Plotto et sa sœur Natalia Plotto-Rousseau, les deux enfants d’Evguenia Plotto-Ilovaisky (une célèbre "Bizertine" russe). Une génération qui a beaucoup souffert, mais riche d'un passé exceptionnel ».

«La disparition de cette grande dame nous attriste profondément. Avec elle disparaît un témoin essentiel de l’Histoire de nos ancêtres. Que son neveu, Nikolay Apouchtine, membre de l’AAOMIR, sa famille et les nombreux proches qui l’entouraient, sachent que nous sommes de tout cœur avec eux».

« Anastasia Chirinsky - "Babou" comme nous l’appelions tous - était un être exceptionnel, un "génie de la vie". Son parcours fut un roman, celui de cette jeune immigrée russe, imprégnée d’histoire, de culture, de curiosité et de créativité, mais surtout d’amour. Cet amour qu’elle a donné aux autres, à sa famille, à ses amis, à ses élèves dont je fus, comme elle l’a donné à la Tunisie, où elle avait choisi de vivre. Belle, généreuse, souvent inattendue, je pense aujourd’hui à elle avec une immense émotion. Bertrand Delanoë, ancien élève d'Anastasia Chirinsky »

« Son fils Serge qui vit toujours à Bizerte était journaliste au journal « L'Action » et a joué des rôle dans plusieurs films ».

« Tunisienne et Russe à la fois, Anastasia Chirinsky a été décorée par le Président russe  Poutine de l’Ordre national «L’Amitié» pour sa contribution au développement et au renforcement des relations entre la Tunisie et la Russie. Elle a aussi été décorée par le Président Ben Ali qui lui a remis l’Ordre pour ses mérites culturelles ».

« Je tiens à présenter toutes mes sincères condoléances à sa famille. Je suis très touchée par cette disparition, c'est une grande Dame qui nous quitte. Sa vie est la vie de mes grands parents c'est pour cela que j'ai l'impression de perdre quelqu'un de ma famille. Elle est notre mémoire à nous, descendants de Russes exilés. Il nous reste son livre et les films de sa vie. Ne l'oublions pas!»

 « J'ai appris avec grande amertume le décès d'une Dame que j'ai toujours considéré comme mère. Je garde de merveilleux souvenirs des instants où j'étais élève au lycée Stephen Pichon. Cette brave femme que j'ai connue comme très proche voisine. Je salue son âme que Dieu lui accorde sa miséricorde et bon soutien à ses proches ! »

« Nous avons tous, Bizertins que nous sommes, une pensée pleine d'émotion pour la grande Dame qu'elle était ».

« Une grande perte de l'Histoire ! La porte de la maison de Madame Chirinsky était toujours ouverte à tous!»

« Dieu ait son âme! Je viens de découvrir l'existence de cette Dame et je suis impressionné par son parcours ».

 «Dans son livre Anastasia Manstein-Chirinsky n'a rien oublié de son enfance heureuse dans le grand domaine familial de Roubeijnoé - «dans une maison blanche à colonnes, des fenêtres nombreuses s'ouvrant sur le parc, les couleurs, les parfums... »

 

« Dans son livre elle se souvient aussi des jours heureux qu'elle a passés au quartier « Bijouville », dans le Bizerte des années 1920 et 1930, une ville en plein développement qui a profité de l'apport des nouveaux arrivants russes, de sa scolarité studieuse à l'école Lacorre, de ses études secondaires au collège Stephen-Pichon, de son baccalauréat français…»

 

«Merci pour cette fidélité qui honore et réconforte ses élèves dont j'ai le privilège de faire partie».

 

«Adieu, mon professeur de math ! Mon passage par ta classe de quatrième année secondaire, troisième année avant le concours du baccalauréat, m’a marqué comme beaucoup d’autres générations de matheux... Adieu, Babou, je garde de toi des beaux souvenirs de lycée, de belles images d'une enseignante dévouée, tes amples et larges robes fleuries et une voix que je n’oublierai jamais».

«Elle  vous a aimé autant qu'elle a enseigné:  AVEC PASSION! L'important est de vivre chaque jour intensément pour ne rien regretter. Vivre comme  vivait notre Babou!»

«Notre chère Asta, la meilleure amie de ma mère qui vécut aussi à Bizerte. Ma grand-mère était madame Ilovaisky, autre figure russe de la ville de Bizerte à laquelle je reste profondément attaché. Nous n'oublierons jamais Asta, l'une des personnalités les plus extraordinaires que nous pouvions rencontrer»

« Madame Chirinsky s’est aussi distinguée par son rôle dans l’église chrétienne orthodoxe russe de la Résurrection à Tunis et de l’église Alexandre Nevsky à Bizerte. D’ailleurs, en 1991 et grâce à elle, un prêtre orthodoxe est venu de la Russie pour servir les deux églises. Avec d’autres fidèles, Anastasia Chirinsky n’a pas oublié de se soucier des tombeaux russes dans les trois villes ».

 «Mémoire et fidélité, merci pour ce petit mot on en a tous besoin».

« Ca serait bien de rendre hommage à Anastasia en rendant son lieu de résidence un Musée et en intégrant ses lieux dans le circuit touristique des touristes Russes ou autres. Elle a était témoin d'une époque importante de l'histoire de l'Humanité. Partager ses souvenirs c'est formidable, c'est une personne extraordinaire ».

 «Je vous avoue que j’ai eu des larmes chaudes en apprenant la triste nouvelle… J’ai vu un jour le film du cinéaste Mahmoud Ben Mahmoud.  Les cinéastes doivent faire des films, car les monuments comme Madame Chirinsky partent mais leurs témoignages restent ! Que Dieu ait son âme! »

«Ce serait bien si nous pouvions visionner ses films  et acheter son livre. Je ne comprends pas qu'ils ne soient pas disponible en vente à distance par internet ou dans les librairies ... Cette Dame était un témoin de l'Histoire».

«J'ai découvert son ouvrage si magistral il y a quelques jours à peine ! On m'a prêté ce livre et je souhaite l'acquérir : où se procurer la dernière édition?»
 

Les livres de Madame Chirinsky (en français et en russe)

Madame Chirinsky, doyenne de la communauté russe en Tunisie, a reçu le Prix «Alexandre Nevsky», une grande distinction littéraire dans son pays natal, pour son livre en russe « Bizerta. Posledniyai stoyanka ».  La dernière, troisième réédition de ce livre a été effectuée en Russie par le Fonds Otetchestvo (Patrie) en 2003 en 344 pages, illustrations comprises. Un autre son  livre «Bizerte. Dernière escale» a été écrit en français, préfacé par Ahmed Ounaïes, l’ambassadeur de la Tunisie en Russie,  et publié en Tunisie en 2000, 2004 et 2009 dans Sud Editions.

Dans ces ouvrages, l’auteur raconte l’histoire de sa vie : son enfance en Russie au début du siècle dernier, le déclenchement des révolutions de février et d’octobre1917, son départ précipité  de la Crimée avec sa famille et cent cinquante mille personnes entre civils et militaires, aidés par les Français, les souffrances, les privatisations, le courage et l’espoir, son débarquement à Bizerte, avec plus de six mille  autres réfugiés, et où elle s’est finalement installée et a fait souche. Ainsi que sa grande passion pour la culture russe et pour sa terre natale où elle n’a vécu que 8 ans et enfin son attachement profond à sa chère Tunisie.

Le 4 Juillet 1990, elle a visité la Russie, et elle de nouveau foulé le sol russe. Elle y a retrouvé une gare qui porte le nom de son aïeul, le parc de sa tendre enfance, et des personnes qui ont son âge et se souviennent. Son livre «Bizerte. Dernière escale»  revêt une vérité vécue, il est serein et lucide. Dans ce livre, l’auteur nous plonge dans un des grands bouleversements de ce siècle quand  les destins individuels croisent l’histoire.

« BIZERTE. DERNIERE ESCALE » d’ANASTASIA MANSTEIN-CHIRINSKY. Troisième édition,  309 pages, SUD EDITIONS, TUNIS, 2009.

 Le film « ANASTASIA »

de Victor Lisakovitch et de Nikolay Sologubovskiy

(sous-titrage français)

Au Festival du Film Russe à Paris «Vesna» le 10 avril 2008 a été présenté  le film documentaire russe «Anastasia. Exil à Bizerte» (2008, studio ELEGUIA, 84 min, sous-titrage français). Nicolay Sologoubovskiy, scénariste et cameraman de ce film, est venu tout spécialement de Moscou, pour y assister.  Plus de cent personnes sont venu découvrir ce film émouvant  illustrant une partie de l’histoire de la Révolution russe peu connue des Français, même de la colonie russe en France. La principale interprète en est Anastasia Chirinsky-Manstein. Nous avons remarqué dans la salle de hautes personnalités de l’Ambassade de la Russie en France, des représentants d’associations russes à Paris, des membres de la famille de Mme Anastasia Chirinsky, et bien sûr, les représentants du cinéma français.
Le public, durant la séance, a montré son émotion lors de certaines évocations et au vu des images d’archives inédites. Les spectateurs ont ovationné ce film. C'est un très bel hommage, très touchant !

A la fin de la projection, nous avons eu le plaisir d’entendre Mme Anastasia Chirinsky par téléphone, depuis Bizerte. Elle était, aussi, très émue d’entendre les applaudissements de la salle. Ce furent, pour les uns et les autres, des instants inoubliables.
Le  Prix de l’Amitié du Festival «Vesna» 2008 fut remis au documentaire «Anastasia». C’était sa première récompense : en deux ans de projection le film a reçu 13 Grand Prix des festivals internationaux et a été reconnu par les académiciens de cinéma russe comme le meilleur film documentaire russe.    

Cette année 2010, l’Année de la Russie en France et de la France en Russie, ce Festival  «Vesna» sera, pour nous Parisiens, incontournable événement riche de découvertes de nouveau films russes.

Nikolas Tikhobrazoff, ARTCORUSSE,  

http://artcorusse.org

artcorusse@gmail.com
 

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Nikolay Sologubovskiy

www.sootetsestvenniki.ru